Un peuple ou une ethnie se définit, s’identifie, et se fait reconnaître parmi les autres peuples par sa langue entre autres. Le sens de l’appartenance à un groupe social, la perpétuation de ses racines et l’élaboration de son identité culturelle partent de l’acquisition de la langue maternelle, élément fondamental et pilier de la culture. Françoise Dolto, célèbre pédiatre et psychanalyste française, qui a révolutionné l'approche de l'enfance disait en 1985 que « pour l'enfant, apprendre la langue maternelle, c'est à la fois se constituer comme personne distincte et s'identifier à un espace culturel. »

 Les langues maternelles en Afrique sont essentielles car elles structurent la pensée, renforcent les identités, transmettent les cultures et les savoirs traditionnels, favorisent l'unité et la cohésion sociale,

 Le Cameroun s’est donné par son histoire deux langues officielles : le Français et l’Anglais qui  sont enseignées à l’école et permettent d’assurer la communication entre les différentes ethnies qui ont chacune une langue dite « maternelle » soit environ deux cent quarante (242) pour tout le pays.

 Les exigences de la vie moderne et professionnelle font courir le risque de l’abandon de ces langues maternelles qui sont le socle de la Cosmogonie de tout peuple. En effet, c’est à partir des langues maternelles que la transmission des valeurs ancestrales culturelles faites de traditions et de coutumes se fait de manière fidèle, car certains mots, expressions ou proverbes sont difficilement traductibles et interprétables avec la même force spirituelle.

 Les jeunes camerounais en général et Nkpàg (Bafia) en particulier  délaissent leurs langues maternelles et éprouvent même pour certains, la honte de s’en servir pour s’exprimer. Certains parents  d’autre part estiment qu’ils sont évolués et modernes en ne parlant à leurs enfants que le Français ou l’Anglais ou toute autre langue étrangère. Si ce phénomène persiste, pour ne parler que de la langue Nkpàg, cette dernière comme beaucoup d’autres langues africaines, court vers son extinction progressive. Cette disparition signifierait la perte de ce que sont fondamentalement les Nkpàk : leur histoire, leur sagesse, leur savoir-faire et être, leur pharmacopée, leurs arts plastiques, culinaires, leur philosophie dans l’approche de leur existence ; en un mot, la perte d’eux-mêmes : des êtres sans racines. Ce constat ne concerne pas seulement les Nkpàg (Bafia)  mais la plupart des groupes ethniques du Cameroun.

 Le gouvernement camerounais a rendu effectif et obligatoire l'enseignement des "Langues et Cultures Nationales" dans les programmes du primaire et du secondaire sur l'ensemble du territoire national dès la rentrée scolaire 2016-2017. 

 Cette mesure gouvernemental a pour objectifs, de permettre aux jeunes pris dans le tourbillon des cultures occidentales à ne pas se couper de leurs racines, à préserver leur patrimoine culturelle face à la menace de disparition de certaines langues locales et à utiliser ce patrimoine comme un levier pour une meilleure ouverture aux autres cultures nationales en vue de la cohésion sociale.

 Ces objectifs sont mis à mal par :

 ·         le manque d’outils didactiques ;

·         le français et l’anglais les deux langues officielles qui sont prioritaires pour les études ;

·         les parents qui ne maîtrisent pas toujours eux-mêmes  leurs langues maternelles notamment pour les parents des générations des années 1960 ;

·         le grand nombre de langues vivantes (242) au Cameroun ;

·         le manque de formation des enseignants et leur nombre insuffisant.

 La langue Nkpàg n’est pas homogène. Elle est fortement nuancée selon les différentes sous-tribus qui constituent le peuple Nkpàg. L’une de ces sous-tribus en l’occurrence les Koro, ne prononce pas par exemple le « k » et le « r ».. Dans la sous-tribu Kiki, l’accent est mis sur les « i » plutôt que sur les « e ».

 Ces différences sont prises en compte dans le « petit dictionnaire. Chaque mot Nkpàg ou exemple est écrit suivant deux orthographes, la première utilisant les caractères phonétiques issus de la codification des langues bantous et la seconde le Français comme base de l’alphabet de rédaction

 auquel sont déjà habitués la plupart des jeunes camerounais.

 Bien plus qu'une simple liste de mots, ce projet se veut une expérience immersive et vivante :

 

  • Trilingue : Pour permettre Ă  chacun, qu'il soit locuteur natif, chercheur ou curieux, de naviguer avec aisance entre le terroir et l'international ;

  • IllustrĂ© : Parce qu'une image vaut mille mots, les illustrations rendent ici hommage Ă  la rĂ©alitĂ© visuelle de la culture NkpĂ g, des objets du quotidien et de l’environnement naturel ;

  • Audio : L'ajout du support sonore est essentiel. Il permet d'entendre le rythme, les tons et la musicalitĂ© exacte de la parole, garantissant ainsi une prononciation fidèle.

 « Le petit dictionnaire de la langue Nkpàg », premier module de la Plateforme Nkpàg apporte une première réponse au manque d’outils didactiques nécessaires à l’apprentissage et à l’utilisation de la langue Nkpàg. Il n’est ni parfait, ni complet. La Rédaction attends des enfants Nkpàg qu’ils le corrigent si nécessaire et qu’ils l’enrichissent afin que la langue Nkpàg continue à être parlée par les générations d’aujourd’hui et futures.

 

La Rédaction / AJC